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samedi 15 juin 2013

du mauvais, et du bon...





Me voici à nouveau avec vous après presque deux semaines. Ainsi les amis qui me font les traductions ont reposés un moment (merci à Chiara pour l'anglais, Ludmila, Terezie et Martin pour le tchèque, au p.Juan pour l'espagnol, à Regina  pour l'allemand!) .
Alors… une étape à la fois ... Dimanche après-midi, je suis parti pour Bangui, la capitale: 400 km de route, et une douzaine de barrières, tenue par les rebelles (avec quelque gendarme, parfois). C’est toujours un pari, car ils n'ont pas de règles, parlent peu et mal soit le Français que la langue nationale, le Sango, étant souvent soudanais ou tchadiens. A la question: «Où vas-tu ?" je réponds que ce n’est pas une chose qui les concerne. Habituellement, un peu en colère, ils me disent que c'est leur travail. Et je réponds que, une fois qu'ils savent où je vais, est-ce qu’ils sont en mesure de garantir ma sécurité? Ensuite, fatigués, ils me laissent passer.
Arriver à Bangui après 4 mois, avec tout ce qui s'est passé, est impressionnant: peu de voitures (beaucoup ont été volés et emmenée au Tchad, d'autres sont cachés), peu de gens. Beaucoup de militaires, y compris ceux de la FOMAC (Force multinationale de l'Afrique), les militaires français et (malheureusement) encore beaucoup de rebelles...
La tension est encore haute, comme l'insécurité. Un ami, avec qui j’étais allé en 2008 pour discuter avec les bandits, est devenu conseiller à la Présidence. Malgré la charge, il ne se fie pas à dormir dans sa maison, parce que les rebelles sont venus plusieurs fois à le chercher, même dernièrement ...
Je suis allé à Bangui pour une réunion organisée par l'archevêque de Bangui avec les chefs religieux. Lundi matin, nous sommes une cinquantaine, entre musulmans, protestants et catholiques, pour travailler sur la paix et la médiation. Il s'agit de formation, mais aussi et surtout, de rencontrer les leaders des autres religions afin de discuter, d'échanger des informations et partager les préoccupations de cette période de guerre. Je suis assis entre un prêtre du Diocèse de Bangassou, et un imam de Bangui.
Cette réunion nait d’un souci :  que, face à l'émergence des musulmans, il peut y avoir une réaction contre tous les musulmans sans distinction. Il y a, objectivement, des éléments inquiétants de l’émergence islamique (avec le pillage et les attaques contre les églises et les chrétiens) mais il y a aussi le risque que les gens utilisent la violence contre les musulmans, fatigués d'être pillés et de voir que certains musulmans ont participé au pillage et y ont eu des bénéfices. (ici unc ompte rendu: https://docs.google.com/file/d/0B8xHb5_hvSzRMUxhSmFMeXlhOGM/edit?usp=sharing)
Mercredi, je me consacre à quelques courses. De nombreux magasins ont été pillés, de nombreuses ONG ont fermé ou licencié du personnel ...
Le jeudi matin, je suis à l'aéroport pour accueillir Ludmila, Květa et Martin. Ludmila vient au nom de l'association Siriri de Prague, qui nous aide depuis des années avec les orphelins, les handicapés, l'école ... Květa et Martin sont plutôt les opérateurs de la télévision tchèque, et ils sont ici pour faire un documentaire sur l'aide humanitaire des Tchèques en Afrique centrale.
Le voyage se déroule assez bien. Nous nous arrêtons à Bossembele, à 160 km de Bangui. Ici, il y a, ou plutôt, il y avait une communauté de religieuses, avec les écoles et un beau centre de réhabilitation pour les personnes handicapées. Malheureusement, avec le départ des sœurs le 22 Mars, les rebelles ont pillé et emporté tout! Impressionnant!
Arrivé ici à Bozoum, enfin, j'ai de bonnes nouvelles: le responsable des écoles primaires publiques m'amène le rapport de la deuxième semaine depuis l’ouverture des écoles. Au début, ils n'étaient que 140 élèves, et aujourd'hui, le nombre est passé à 1.699. Enfin de bonnes nouvelles!







 

 

 
















dimanche 2 juin 2013

La vie continue...








Pas mal des choses cette semaine...
Mercredi après-midi je suis parti pour Bouar, à 250 km. A la sortie de Bozoum, les rebelles ont mis une barrière. Ils me  demandent, en sango où je vais. Je réponds: je me promène! Ils n’ont probablement pas comprit, et me disent: Bon, vous pouvez aller ...
A Bossemptélé, 85 km, deux autres barrières. A la première, ils soulèvent avec du calme la barre. A  la deuxième, ils me  demandent: «Où allez-vous". Je réponds, «Je me promène».  Un parmi eux se fâche  colère et me demande l'ordre de mission. Je dis: «et le tien, où est-il?". En fait ... ils n'ont aucun droit (sinon les armes qu'ils portent) d’empêcher les gens de circuler.
Alors je lui ai dit que je fais mon travail, et il me répond en (presque) français: «Je suis travaillé ici" .... Puis il ouvre la barrière et me laisser aller ...
Le reste du voyage est bon. A Bouar je vois du monde, et mes confrères de la communauté St.Elie et de Yolé. Le jeudi matin, nous faisons une réunion avec les membres des comités paroissiaux  JUSTICE ET PAIX. Nous échangeons des informations et des réflexions sur la situation. Prochainement, nous voulons commencer une série d'émissions à la radio pour aider les gens à réfléchir sur la situation, sur la démocratie, la société ...
Le vendredi 31 mai est la fête de la Visitation de Marie à sainte Elisabeth. À la fin du mois de mai, nous nous trouvons, dans l'après-midi, sur le mont Talo, une colline surplombant Bozoum. Ici, nous célébrons la Messe, et nous prions pour le pays, et demandant à Marie de couvrir avec son de manteau  de Miséricorde toute la ville.
Le samedi, les chrétiens qui travaillent pour Justice et Paix ont organisé une réunion avec les fonctionnaires du Ministère de l’éducation (le chef Secteur)  et les enseignants de l’Etat. Sur 70 enseignants, 66 viennent de terminer une formation accélérée qui, en  8 mois, a fait d'eux des «maîtres». Le problème est qu'ils ne sont pas encore payés, et beaucoup sont encore dans la capitale. Nous les supplions de  penser à l'avenir du pays, à la situation des enfants et des familles, et finalement ils sont d’accord pour  ouvrir les écoles.
Donc, demain, le lundi 3 Juin 2013, nous espérons voir  redémarrer les écoles publiques, après plus de deux mois de congé ...

Toutes dernières nouvelles…
Cet après-midi j'allais dans un quartier pour trouver un malade, quand ils me disent que les rebelles ont arrêté un jeune de la paroisse, Christian Mandaba. Il est l'un des responsables du Centre d'écoute Caritas de notre paroisse, qui est ouvert et fonctionne tous les dimanches, pour les pauvres, les orphelins, les veuves .... Ce matin, une dame est venue et a apporté quelques trucs que son mari avait volé à un commerçant,  le suppliant de les ramener à son propriétaire. Christian est parti, et a amené le tout  au commerçant. Mais celui-ci a demandé aux rebelles d’arrêter Christian, parce qu'il voulait savoir qui était le voleur ......
Je descends au village, et après être passé voir le malade pour leur apporter les sacrements, je vais voir less rebelles ...
Christian est dehors de l’auberge que les rebelles ont réquisitionné, et je demande pourquoi ils l'ont arrêté. Ils me disent que le commandant a décidé ainsi, et ils le prennent et l'amènent à l'intérieur. Je les suis ... je crie un peu, mais je crie, et je dis que tant que ce n'est pas libéré, je ne m’en irai pas ... Je refuse la chaise qu’ils me proposent, et je m’ assois sur le béton ... Pour eux, c'est une offense grave! Nous parlons-en un peu, puis je m'assois sur la chaise (qui soit dit en passant était très mal faite et à  l'équilibre très instable ....).
Nous discutons discutons discutons.
Arrive le capitaine ... nous vous saluons et nous discutons discutons discutons... Chaque moment il y a d’autres rebelles qui interviennent, et compliquent les choses ... mais on arrive finalement à la conclusion. Ils le libèrent ...
Et je rentre à pied  à la Mission ...
Cette fois, c’est bien passé ...