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jeudi 20 juin 2024

Un évêque en tournée

 


Un évêque en tournée

Je vous écris aujourd'hui de Mbaiki, à 110 km de Bangui.

Je suis ici avec tous les évêques de Centrafrique. Nous sommes 10, et avec nous les 9 diocèses du pays : Bangui, Mbaiki, Berberati, Bouar, Bossangoa, Kaga Bandoro, Bambari, Alindao, Bangassou.

Deux fois par an, les évêques se réunissent en assemblée, en janvier et en juin. Nous sommes là pour toute la semaine, ce qui nous permet de partager ce que nous vivons dans nos diocèses, de réfléchir ensemble et de faire des propositions au peuple de Dieu qui nous est confié.

Mais la route a été longue pour arriver à Mbaiki....

Le mercredi 12 juin au matin, je suis parti avec des amis venus d'Italie. Nous sommes dans deux voitures et nous nous arrêtons à Bossemptele, où nous célébrons la messe avec les sœurs carmélites.

Le soir, nous arrivons à Baoro. J'y rencontre les frères de la communauté, les sœurs carmélites et les gens.

Jeudi matin, grande messe à Baoro : l'église est pleine, et même les murs vibrent et dansent !

Après le déjeuner avec la communauté paroissiale, nous partons pour Bouar, où nous dînons avec les sœurs indiennes de la Congrégation de la Mère du Carmel.

Le vendredi matin, à 6h30, je célèbre la messe avec les Clarisses. C'est un beau moment de fraternité et de prière.

Puis nous partons pour Bozoum. La route est de plus en plus mauvaise, et il faut plus de 3 heures pour les 90 premiers kilomètres. A 14 km, les scouts nous attendent, ainsi que le Père Marco Poggi, curé de Bozoum.

Avec eux, nous nous dirigeons vers la ville, que nous traversons au milieu de nombreuses personnes qui courent, saluent et crient. Je suis impressionné et ému, car je suis étonné de l'affection et de la joie que "mon" peuple me témoigne !

La Messe du samedi matin est prévue à 6 heures ! Il est un peu tôt, mais l'église est plus que pleine !

La célébration est intense, avec des chants, des danses et beaucoup de visages, qui me rappellent tant de moments au cours de mes 17 années de vie et de travail à Bozoum. Il y a des cadeaux, des poèmes, des chants, tout pour cette occasion, qui pour Bozoum est un moment de joie, mais aussi un peu de tristesse, parce que c'est un peu un adieu ! Mais le Seigneur est grand !

Nous partons en début d'après-midi, sous une pluie torrentielle. La route est mauvaise, et je dois parcourir les 60 premiers kilomètres avec le double pont.

Le dimanche matin, je célèbre dans la cathédrale de Bouar : c'est le diocèse où je vis et travaille depuis 33 ans ! Ici aussi, l'église est pleine, et il y a aussi beaucoup de prêtres du diocèse, et beaucoup de gens : des visages connus et inconnus, qui me sont tous chers.

Ce sont les gens, les années et la vie ici qui m'ont tant appris. Qui m'a appris à dire, chaque jour, ce qui est devenu la devise de mon épiscopat : "Tu sais tout, tu sais que je t'aime" (Jn 21,17).

 

Lundi matin, je pars tôt pour Bangui, où je rencontre la communauté du Carmel.

Je dis au revoir à ma sœur et à mes amis venus pour la consécration, et le mardi matin, à 5 heures, je pars pour Mbaiki, à 110 km, où je participe pour la première fois à l'Assemblée de la Conférence épiscopale. Et je constate avec plaisir que l'ambiance est très serein, les échanges et les réflexions sont profonds et très riches.





Al Carmel, a Bangui
Au Carmel, à Bangui





Baoro


Accoglienza a Bozoum
L'Accueil à Bozoum





Cathédrale de Bouar






jeudi 13 juin 2024

Mo inga, mbi ye mo : tu sais que je t'aime !

 

 


 

Mo inga, mbi ye mo : tu sais que je t'aime !

Me voici, Aurelio, évêque coadjuteur de Bangassou !

Après une semaine de prière, les derniers jours avant le 9 juin ont filé, l'un après l'autre, pour suivre les derniers préparatifs.

Le vendredi, les invités commencent à arriver. A 7 heures, Miguel et Nuria, le frère et la sœur de Mgr Aguirre, arrivent d'Espagne. Et à 11h40, l'avion de Ethiopian atterrit, avec 38 entre confrères, parents (ma sœur et son mari, et mon neveu et son amie) et amis.

Nous les installons dans les différents lieux d'accueil (les pères au Carmel, les autres au centre d'accueil et à l'hôtel).

Et dimanche, c'est le grand jour de la consécration épiscopale !

Je suis serein et tranquille : les jours de préparation et de prière m'aident à vivre ce moment de grâce et le ministère épiscopal non seulement comme une grande et énorme responsabilité, mais à croire en la puissance de l'Esprit Saint, et dans le soutien et à la prière de tant d'amis, de tant de frères et de sœurs.

À 9h30, la célébration commence. Plus d'une centaine de prêtres sont présents, depuis Bangassou, Bouar, Bangui, de notre province carmélitaine de Gênes, du diocèse de Cuneo, du Généralat des Carmes. Et il y a les évêques de Centrafrique, avec le Nonce apostolique : ils m'accompagnent et m'accueillent comme un frère, successeur des Apôtres.

Dans la longue et belle tradition de l'Église, les évêques consacrants doivent être au nombre de trois. Et aujourd'hui, le principal consécrant est le cardinal Nzapalainga, archevêque de Bangui, accompagné de Mgr Nestor Nongo, président de la Conférence épiscopale, et de Mgr Juan Josè Aguirre, mon évêque de Bangassou.

La cathédrale de Bangui est pleine : il y a le président de l'Asemblée Nationale, quelques membres du gouvernement, l'ambassadeur d'Italie, ma famille, ma famille carmélitaine, des amis, des séminaristes de Bangassou avec beaucoup d'autres de Bangassou, une délégation de 150 personnes de Bozoum, d'autres de Baoro, et des dizaines d'anciens séminaristes de Yolé, des dizaines de religieux, et beaucoup de monde.

Nous commençons par une longue procession, et la messe débute par la lecture de la traduction de la bulle papale par laquelle le pape François me nomme évêque coadjuteur.

Nous écoutons ensuite la parole de Dieu. Aujourd'hui, l'Évangile est porté solennellement dans une belle procession qui ressemble à une pirogue (ici, en Centrafrique, l'Évangile est arrivé de cette manière, porté par les premiers missionnaires en 1894).

L'Évangile que j'ai choisi est celui de Jean, chapitre 21. Après la résurrection, Pierre retourne à la pêche. Mais ils n'attrapent rien. Le matin, Jésus apparaît sur le rivage et, une fois de plus, une pêche miraculeuse se réalise. Pierre se jette à l'eau et, arrivé sur le rivage, après le repas préparé par Jésus, il l'entend poser une question très profonde : "Pierre, m'aimes-tu ? ". Et, à la troisième fois, Pierre, affligé par le souvenir des trois fois où il a renié Jésus, lui dit : "Tu sais tout, tu sais que je t'aime".

C'est le mot que j'ai choisi pour mon épiscopat : "Tu sais tout, tu sais que je t'aime".

Après la (belle) homélie du cardinal, la partie centrale de la consécration commence. Nous chantons le Veni creator Spiritus, un ancien hymne d'invocation à l'Esprit Saint. 

Le cardinal, devant tous les évêques et le peuple de Dieu, me demande si j'accepte le ministère épiscopal, c'est-à-dire de vivre et de proclamer, de guider et de gouverner, et de sanctifier le peuple de Dieu qui m'est confié.

Ensuite, alors que je suis prosterné à terre, toute l'assemblée prie pour et sur moi, en invoquant l'intercession des saints. À la fin, les évêques, en silence, m'imposent les mains, geste très ancien signifiant le don de l'Esprit Saint, et récitent une prière de consécration, tandis que deux diacres tiennent le livre des Évangiles ouvert au-dessus de moi.

C'est ainsi que je suis évêque, successeur des apôtres, père et pasteur du peuple de Dieu. Non pas par mes propres mérites, mais par la grâce de Dieu !

Puis le cardinal m'oint le front avec l'huile de chrême, me remet les évangiles, me met l'anneau (signe de fidélité au diocèse, au peuple de Dieu qui m'est confié), la mitre et la crosse.

Je suis évêque, et les évêques présents me saluent d'une chaleureuse accolade. Et la plus belle accolade est celle avec Juan Josè Aguirre, l'évêque de Bangassou, avec qui je vais travailler dans " notre " diocèse, côte à côte.

Puis commence une très longue procession d'offertoire : toutes les paroisses et toutes les délégations apportent des cadeaux et des offrandes pour le nouvel évêque (poissons, chèvres, charbon de bois, manioc, huile... etc).

Après la communion, mes frères carmes (nous sommes plus de 50 !) me conduisent devant la statue de Notre-Dame, où nous chantons la Salve Regina solennelle.

Je traverse ensuite l'église, avec le cardinal, pour bénir les fidèles.

Nous terminons la messe vers 12h30. Mais il n'est pas facile de se rendre à la sacristie, car des centaines de personnes viennent me saluer, prendre une photo et, surtout, demander une bénédiction.

Enfin, à un certain moment, quelqu'un me traîne, littéralement, jusqu'au lieu du repas : ici, tout est magnifiquement préparé, pour plus de 450 personnes !

Je peux donc enfin ssaluer ma famille, les amis et les confrères venus pour l'occasion.

Mais la fête ne s'arrête pas là.

Le lundi, je suis au Carmel, où je célèbre une belle Eucharistie avec les frères de Centrafrique et d'Italie, et beaucoup d'autres personnes. Pour le déjeuner, nous nous retrouvons dans le réfectoire (juste achevé) du nouveau couvent. Ici aussi, entre le réfectoire et le cloître, il y a plus de 250 personnes invitées!

Mardi après-midi, je célèbre la Messe dans la paroisse de St. Jaques, pour les nombreuses familles originaires de Bangassou. Le cardinal Nzapalainga, et 3 autres évêques, sont également originaires de Bangassou !

Et, après la communion, l'assemblée explose en beaux chants et danses : c'est une des qualités du peuple Bangassou. Et on m'offre des cadeaux très importants : une pirogue en ébène, qui rappelle l'arrivée de l'évangile (mais aussi une terre riche en rivières, comme le diocèse), un plat en bois, une lance et un couteau, une statue dun berger, et une chasuble.

Et après le dîner, nous courons rapidement à l'autre bout de la ville, où nous attend le Cardinal, pour un moment de fête et de fraternité.

Il y a eu un énorme travail d'organisation au cours de ces journées, que mes prêtres de Bangassou, mes frères carmes, "mes" anciens séminaristes, et tant d'autres ont accompli. Un grand merci !

Et maintenant, je suis à Baoro, où je célébrerai dans quelques heures, puis à Bozoum et à Bouar.

Et partout, en remerciant Dieu pour cet appel et ce ministère, je répète : "Tu sais tout, tu sais que je t'aime".


Ici le lien à la page avec les vidéos:

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