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samedi 4 mai 2013

De la comédie à la tragédie





COMÉDIE, ACT 1
La semaine dernière, les rebelles sont allés à 15 km voler une voiture que notre mécanicien réparait au nom du curé de Paoua (125 km). Il l’avait cachée ... mais ils l'ont trouvée ...
J’ai fait  faire une déclaration de l'évêque qui atteste que la voiture appartient  au diocèse.
Je l’amène au consul du Tchad ..... (Pourquoi ? parce que presque tous les rebelles sont  tchadiens, et il est la seule autorité qu’il écoutent... un tout petit peu)

Pendant que nous attendons l'arrivée du chef rebelle ... nous discutons ...
La Consul me dit qu'il y a trop d'armes en Centrafrique:
Moi: d'accord
Lui: trop d'armes fabriquées à la main:
Moi: oui
Lui: les autorités les faisaient faire et les distribuées ...
Je lui dit :  mais il y a beaucoup d’armes qui viennent de l'autre côté de la frontière ... En effet, (étant donné que la nuit on avait vu passer beaucoup de voitures volées en voyage depuis  Bangui destination  Tchad) à partir des frontières il y a trop de choses qui entrent et qui sortent,  qui ne devraient ni entrer ni sortir ...
lui, d'accord. Mais il y a trop d'armes artisanales en Centrafrique.
Moi: les AK 47 (kalachnikov) des rebelles  aussi sont fait à la main?
Lui: Non, mais ...
I: Je vois beaucoup de roquettes sur les voitures des rebelles ... même les roquettes sont fabriqués à la main?
Lui: Non, mais ...

Finalement arrive le chef rebelle.
Il ne parle pas français, ne sait pas lire .... Jeune, bien habillé, un pair de portables ...
Il  prend le papier que je lui ai donné ... au contraire ... et puis la Consul lit l’attestation et la traduit en arabe.
Le chef dit qu'il va donner à la voiture ... si on lui rembourse les frais (je me dis quels frais? Ils roulent sur des voitures volés, avec le carburant volé…)
Je profite de cette occasion pour demander s'il est possible d'ouvrir les écoles publiques dans la ville (les nôtre sont ouvertes depuis le 3 Avril, mais les autres pas encore).
Il me dit qu'il n'y a pas de problème. et je dis donc que les rebelles n’iront pas dans les écoles, ni à déranger  les enseignants, ni à piller, etc ....
Il m'a assuré (bien sûr) qu’il n’y aura pas de dérangements, ni à nous ni aux écoles….

TRAGEDIE, ACT 1
En fait ... le même jour, les rebelles vont dans un village à 30 km, Manga, où nous avions caché l'autre voiture et ils la volent. Ils partent vers le Tchad, et je crains qu’on  ne la verra jamais plus… (si quelqu'un voit une Toyota Landcruiser plaque d'immatriculation DA 002 NM est notre ...)
COMÉDIE, ACT 2
Vendredi, je vais à Bouar, pour visiter les frères et sœurs, et pour faire une réunion avec la Commission Justice et Paix. On m'a dit que la veille le préfet avec le chef local des rebelles ont rencontré les missionnaires et laïcs de l'Eglise catholique pour les rassurer .... Il n’a pas eu beaucoup de succès, parce qu'ils continuent à tier et voler et piller (surtout des voitures).
Le chef rebelle même est venu à la rencontre avec une voiture volée ... à un prêtre du diocèse quelques jours avant!
Le préfet aussi se promène avec une voiture volée ...
TRAGEDIE, ACT 2
De retour de Bouar étape à  Bossemptélé, où les pères Camilliens avec les Carmélites de Turin gérent un hôpital. Et hier il y a eu  la mort d'un garçon de 13 ans: il avait été opéré d'une hernie à Yaloke, mais les rebelles sont arrivés à l'hôpital et tout le personnel s’est enfui. Sans traitement, la famille l’a suivi avec des pansements classiques, et il a attrapé le tétanos! Il est mort après quelques jours de souffrances terribles.
Pas plus tard qu'hier, j'ai appelé Sœur Elvira de Berberati, et me dit qu’un enfant est décédé. La famille au moment de la fusillade, est partie avec 5 enfants dans la forêt, mais au retour en ville une d'eux avait une très forte crise de paludisme, et elle est décédée . Elle avait été adoptée par une famille, parce que les parents naturels l’avaient abandonnée ....
HEUREUSE ISSUE, ACT 0
A Bouar, j'ai rencontré des hommes et des femmes, les membres des comités de Justice et Paix de 2 paroisses. Centrafricains. J'ai été impressionné par leur courage et la capacité d’analyse.
COURAGE: l'un d'eux, à  la rencontre avec le préfet et le chef des rebelles, a dit que nous sommes tous pris en otage par les rebelles. Le préfet était en colère. Mais c'est la vérité! Et lui, le préfet, est l'un des premiers otages ...
ANALYSE: certains d'entre eux ont dit: il faut faire très attention, car ils nous invitent à des rencontres, ils pensent de nous convaincre que la situation  est bonne, de sorte que nous passons un faux message à la population!






dimanche 28 avril 2013

Il pleut...




Il pleut ...
Il pleut....  La situation dans le pays, plus d'un mois après le coup d'Etat, continue d'être chaotique et tragique. A Bangui continuent les  pillages et des coups de feu, et la même chose se passe un peu partout dans le pays.
Vendredi à 23h40, le téléphone sonne. Le P. Marco m'informe que les rebelles sont revenus à Yolé, le séminaire dans lequel vivent et étudient quatre-vingts garçons. Beaucoup de peur, des coups de fusil, vols et menaces. Dieu merci, aucun blessé ou pire.
Cette semaine, ici à Bozoum ils ont tué un enseignant. Les rebelles sont partis à un village pour chercher une voiture caché par un commerçant, sont arrivés et ont pris l'enseignant. Ils l'ont ligoté et battu pour se faire indiquer le lieu. Ensuite, ils l'ont tué. Et le même jour, les rebelles se paradaient avec cette voiture sur la route principale ....
Il n'y a aucune justification pour cela. Seulement la méchanceté et l'incapacité de ceux qui veulent le pouvoir, sans vouloir en assumer aucune responsabilité.
Comme disait Gandhi:
- Pas de richesse sans travail
- Pas de  plaisir sans connaissance
- Pas de connaissance sans vertu
- Pas de commerce sans moralité
- Pas de science sans humanité
- Pas de culte sans don de soi
- Pas de politique sans principes






dimanche 21 avril 2013

Quelques semaines après...



Dessein des enfants: l'Eglise de Bozoum, avec son clocher...


Quelques semaines après…
Quatre semaines se sont maintenant écoulées depuis le coup d’Etat ... mais nous sommes encore dans le chaos!
Samedi dernier, un Conseil national de transition (qui devrait représenter l'ensemble du pays) a choisi par acclamation le seul candidat à la présidence, qui était le président auto-proclamé ....
Dans le même temps, continuent les pillages et les meurtres. Samedi et dimanche en particulier, les rebelles sont entrés dans certains quartiers de Bangui officiellement pour désarmer la population, mais en réalité ils ont volé tout ce qu'il avait un peu de valeur . Il y a eu une quelques réactions, et les rebelles ont tiré. Bilan: une vingtaine de morts pendant le week-end. Parmi ceux-ci étaient des enfants, qui se trouvaient dans une église qui était  touché par des tir d’obus ...
Et ceci aussi dans le reste du pays.
Les Pères Capucins ont dû abandonner la Mission de Gofo. Mais toutes les autres villes ont subi des dommages et sont dans la peur à cause de ces rebelles. On ne sait pas ce qu'ils veulent faire. Ils sont tout détruit: administration, économie, politique ...
Malheureusement, les politiciens (même ici!)et les leaders brillent pour leur incapacité et leur opportunisme ...
La seule voix qui s’est levée avec force et courage est celle de l’Archevêque  de Bangui. Dans son homélie, dimanche dernier, et dans une interview à Radio Vatican (que vous pouvez lire ici http://www.beafrika.net/Le-temoignage-de-l-archeveque-de-Bangui-face-au-chaos_a761.html) il n'a pas eu peur de dire ce qui se passe, et qu'il voit tous les jours en visitant son peuple.
Il dit: "Tout le quartier hier (mardi) s’était vidé parce qu’il y avait une peur bleue comme quoi on allait brûler le quartier. Moi-même j’ai accompagné des enfants à pied pour leur faire traverser la route. Car tous ces enfants avaient peur y compris les parents. Psychose, scènes d’angoisse. Et je me pose la question comme peut-on accepter de traumatiser les plus petits enfants qui sont l'aujourd’hui et le demain d’un pays ? Rien qu’à voir les armes, les coups de feu et les véhicules qui roulent à vive allure, tous ces enfants ont peur. Il n’y a pas de climat de confiance mais avec qui on va travailler ? ce sont des questions que les nouveaux responsables doivent se poser eux-mêmes. Il est temps de créer ce climat de confiance. Il est temps de sécuriser les personnes et nous attendons cela des responsables politiques. Or actuellement nous avons l’impression que les éléments du Séléka qui ont tout le pouvoir, peuvent faire ce qu’ils veulent. Le moment est venu pour que ceux qui les ont amenés puisent les discipliner, les caserner, les cantonner et les désarmer afin que la population puisse vaquer à ses occupations. "


De toute façon… allons de l'avant. Le chantier pour la construction du Foyer pour accueillir les élèves de notre école qui viennent de loin est toujours actif (voir photos ci-dessous).

Mercredi, je suis allé à Bouar, à 250 km d’ici, pour voir les confrères et les communautés qui sont là. C'était aussi l'occasion de rencontrer les membres de la Commission Justice et Paix, avec qui nous avons fait une évaluation de la situation, et essayé de penser à ce qu'il faut faire. Tant immédiatement (avec la dénonciation  de toute forme de violence et d'abus), et à l'avenir, pour aider les gens, les chrétiens et en particulier les jeunes pour construire un avenir et jeter les bases d'un profond renouveau des mentalités ...

Aujourd'hui, dimanche, pour célébrer la première messe à 6 heures 30, je suis parti à pied vers la chapelle de Saint-Jean. Nous n'avons qu'une seule voiture, parce que l'autre nous l’ avons caché de peur que les rebelles les volent ...
Dans l'après-midi, nous avons fait une réunion avec le Comité  paroissial de Caritas et de justice et de Paix, pour faire une première évaluation de la situation essayer de  faire quelque chose, pour qu’au moins les écoles publiques puissent rouvrir ...
Et nous continuons, lentement, avec un peu de crainte, mais avec beaucoup de confiance ... Confiance parce que Jésus a dit dans l'Evangile d'aujourd'hui qui ne permettra pas de nous laisser tomber dans les mains de ceux qui veulent nous faire du mal.
Confiance  aussi pour les prières et la sympathie de beaucoup de gens . Je vous remercie!

Dessein d'un enfant...C'est comme la situation du pays




dimanche 14 avril 2013

Guerre et paix ...









Cette semaine, comme depuis trop de  mois... des notes de joie et malheureusement, beaucoup de notes (trop) de chagrin et de tristesse ...
Alors que dans le reste du pays la situation est malheureusement encore très dangereuse (avec tirs et pillages), ici à Bozoum nous vivons dans un calme relatif ... Grâce à quoi? Probablement la volonté du peuple, mais aussi à la présence du Consul du Tchad ... c'est chez lui que les rebelles visitent en arrivant à Bozoum ....
Lundi, nous reprenons le chantier, pour construire un Foyer pour les élèves qui viennent de loin ... Espérons!
Mercredi à 5 heures nous nous prenons la route moi, Joseph (le mécanicien) et Christin (le responsable des caisses d'épargne). Direction: Ndim, un village à 160 km au nord, mauvaises routes et des ponts qui sont pires!
A 8h je passe à  Bocaranga, où il y a une paroisse des Capucins, et une maison des Sœurs de la Charité. Dans cette ville, les rebelles ont pillé la base de l’ONG américaine IRC, qui travaille (travaillait plutôt…) dans les écoles, les soins de santé, les forages, etc ...
En partant de Bocaranga, nous rencontrons une voiture pleine de rebelles ... mitrailleuses, cartouchières, lunettes de soleil ... Inquiétant ... Nous passons comme si rien ne s'était passé ...
A 9 heures, nous sommes à Ndim. Il y a ici une communauté de capucins, et une des Soeurs de la Miséricorde. Ils sont bien, mais tout le monde est inquiet et tendu ... Vivre pendant des mois sous tension et la peur ... c'est très dur.
Eux aussi, ils ont rouvert les écoles, comme nous et Bocaranga, et essayent de donner aux enfants l'impression d'une certaine normalité.
Nous allons visiter la Caisse d'épargne, qui la semaine précédente, le 4 Avril, a été attaqué et pillé par les rebelles.
Les rebelles ont arraché la grille et défoncé la porte en bois et sont entrés. Ils ont pillé ce qu'ils ont trouvé, brisant les armoires et les tiroirs, et en essayant d'ouvrir le coffre.
Ils ont échoué, mais entre le matériel (3 batteries pour les panneaux solaires, des calculatrices, des chaises, des livres et registres) et de l'argent en espèces (environ € 1.000) il y a des pertes pour plus de 2000 Euros, mais ce qui est pire c’est que ça remet en question la poursuite de cette initiative ...
Après le déjeuner, nous partons pour le retour. Nous voyageons avec quelques-uns des élèves de notre école qui étaient rentré en vacances. Mais, plus important encore, est avec nous Pierre, un garçon de 14 ans, qui avait été amené ici pour le faire traiter par les religieuses pour des déséquilibres psychologiques (il ne parlait plus, il avait des réactions étranges ...). Merci à Dieu et à l'œuvre des Sœurs, il va bien maintenant et il rentre sain à la maison!
Jeudi après-midi, il y a le Conseil des professeurs pour le deuxième trimestre, et la distribution des bulletins, le samedi matin ...
Vendredi après-midi j’organise un temps de réflexion et de formation pour les jeunes, sur les problèmes du moment, en essayant de les aider à comprendre et surtout à réfléchir ....
Et aussi, hier, samedi, nous recevons malheureusement deux mauvaises nouvelles: les rebelles ont attaqué le couvent de Bangui (le matin) et le séminaire de la  Yolé dans la soirée ...
A Bangui, grâce à l'intervention de l'archevêque et des  amis, ils parviennent à éviter le pire: les rebelles s'en vont après avoir cassé les vitres de certaines voitures ...
Au Séminaire de la  Yolé, la situation est plus difficile. Samedi soir, deux  rebelles armés viennent, accompagnés d'un jeune de Bouar. Ils prennent en otage une infirmière au dispensaire, et l’obligent à se faire ouvrir la porte. Ils exigent de l'argent et menacent même avec quelques tirs. Pendant ce temps, les Pères arrivent à informer les gens de Bouar (qui est à 8 km). Le message a également été lancé sur la station de la radio locale, Radio Siriri, et quelques amis vont chercher le chef local des rebelles, et le conduisent à la Yolé avec des éléments armés. Ceux-ci, comme ils arrivent, ils commencent à tirer, estimant que les rebelles sont toujours à l'intérieur (mais ils avaient déjà disparu) ...
Bilan: beaucoup de peur, des traces des balles sur les murs et, heureusement, personne n'a été blessé ou pire!
Le problème est que le Yolé il y a 80 garçons, du collège au lycée ... et maintenant les pères qui sont là (P.Enrico, p. Maurice et P.Marco) sont confrontés au dilemme de savoir s'il faut garder ou non les garçons ...
Tout cela après trois semaines du coup d'Etat, est un signe clair de l'incapacité des nouveaux maîtres de gérer la situation... Le futur est très sombre…